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Nationalisme des ressources, extractivisme et contestation au Maghreb (2026)

Notre collaborateuse scientifique, Dr Kressen Thyen, a récemment publié un chapitre dans l’ouvrage collectif Extractivism in the Maghreb: Class, State and Geopolitics, dirigé par Hannes Warnecke-Berger et Rachid Ouissa. Le chapitre examine la récente montée des mobilisations protestataires au Maghreb en les mettant en relation avec la formation historique et la contestation contemporaine du nationalisme des ressources.

Depuis les années 2000, des grèves, des occupations et des mobilisations rurales ont régulièrement perturbé les activités extractives et intensifié les clivages socio-spatiaux, révélant que les conflits autour des terres, de l’eau, des minerais et des hydrocarbures ne portent que rarement « uniquement » sur les compensations ou l’emploi. Ils expriment plutôt une confrontation plus large entre l’État et la société autour de l’exclusion, de la répression et de l’inégalité des droits de citoyenneté.

Le chapitre soutient que ces dynamiques doivent être comprises à travers des conceptions divergentes et historiquement constituées de la souveraineté sur les ressources. Au Maghreb, la concomitance de la décolonisation et du principe international de la souveraineté permanente sur les ressources naturelles a produit un nationalisme des ressources hégémonique et centré sur l’État : les gouvernements ont nationalisé les terres, les mines et les hydrocarbures afin de récupérer les richesses issues de l’extraction coloniale et de promettre le bien-être à travers le développement national. Toutefois, l’appropriation centralisée des ressources a progressivement favorisé des trajectoires de développement semi-rentières, dans lesquelles les revenus étaient détournés des territoires producteurs, tandis que les communautés locales supportaient les coûts socio-environnementaux. Cette contradiction a fait émerger un répertoire croissant de revendications qui remettent en cause le nationalisme centré sur l’État, à travers le « régionalisme des ressources » et des formes locales de souveraineté foncière et territoriale, sans pour autant rejeter nécessairement le principe moral selon lequel les ressources devraient bénéficier « au peuple ».

Sur le plan empirique, le chapitre s’appuie sur des données comparatives provenant d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, fondées sur la littérature secondaire, des sources de presse en français et en arabe, ainsi que sur des échanges de recherche avec des militant·es et des chercheur·euses. Il distingue deux formes dominantes de mobilisation : (1) les blocages et les grèves sur les sites d’exploitation d’hydrocarbures et de minerais, qui réclament des emplois, des infrastructures, une protection de l’environnement et une redistribution des revenus ; et (2) les mobilisations rurales et amazighes visant à défendre les territoires, les terres et l’accès à l’eau, ainsi que l’autorité locale. La conclusion montre comment les États du Maghreb répondent par une combinaison récurrente de concessions sélectives, d’emplois fictifs et de répression, révélant à la fois les limites de la gouvernance extractiviste et la question démocratique non résolue qui est inhérente à la souveraineté sur les ressources elle-même.

Vous pouvez accéder au chapitre ici.